La capacité du chant traditionnel à évoluer et se renouveler
Lancée en 2015 à Navarrenx, la finale du festival des Bastides Enchantées était, samedi, de retour aux sources pour souffler les 10 bougies et prendre son élan pour les 10 prochaines années.
Huit groupes des 3 B (Béarn, Basque, Bigorre) qualifiés lors des divers concerts de sélection ont offert par leur diversité, leur talent et leur esprit d'innovation, un spectacle de qualité exceptionnelle qui a soulevé l'enthousiasme de la nombreuse assistance réunie dans la salle des sports archicomble.
Aux côtés de groupes qui évoluent dans le cadre de la tradition avec le soutien d'un fidèle et ardent public, d'autres prennent un chemin plus progressiste en instillant de la modernité, du renouveau, certains avec une présence scénique plus marquée, un accompagnement musical diversifié. L'attribution du trophée 2025 aux Dézindéguts d'Arette, en vallée du Barétous, illustre cette évolution majoritairement bien accueillie par le public, les jeunes en particulier.
Il y eût plus d'une demi heure d'attente pour connaître le vainqueur. Le jury, réuni en conclave, a longuement délibéré. Il fallut tout le métier, le talent et l'humour, parfois la malice, de l'animateur Jean Subercazes afin de faire patienter le public. Pour meubler, il alla jusqu'à annoncer et commenter les victoires, en rugby, de Bayonne et de Pau, raconter quelques anecdotes.
"De la nouveauté dans le milieu traditionnel"
Lorsque Jean Baucou, président de Bastides 64, annonça enfin le verdict, le public manifesta sa joie par de vibrants et longs applaudissements. Le groupe des Dézindéguts, venu simplement pour participer, fut agréablement surpris d'être le lauréat et ne manqua pas de remercier le jury "qui a tranché en faveur de la nouveauté dans le milieu traditionnel car il est vrai qu'on sort un peu du cadre". Et d'ajouter : "C'est une soirée de très belles et enrichissantes rencontres humaines et musicales". En effet, c'est avant tout cet esprit de rassemblement, d'échanges entre groupes et avec le public, dans un environnement festif, que le président Jean Baucou et son équipe de Bastides 64 ont voulu donner à ce festival.
Le choix des Dézindéguts n'a pas été une surprise. D'ailleurs, assis au premier rang, Pierre Hargoues-Turon, ancien président d'Alto en Béarn, s'est amusé à noter chaque groupe. Son choix final est le même que celui du jury. En connaisseur, il nous a confié "avoir été subjugué par la qualité novatrice des Dézindéguts, par leur magistrale interprétation musicale et chorale". Il a tout particulièrement été séduit par "leur sublime interprétation de "Askatasunera" ce chef d'oeuvre du chant choral basque, et aussi par "Amors d'Aussau". L'auteur de ce classique qui est un témoignage vibrant à la vallée d'Ossau était parmi le public. Il s'agit de Marcel Abbadie, musicien, mais également poète et écrivain en langue gasconne, qui, à l'issue du spectacle, alla adresser des mots touchants aux Dézindéguts pour la brillante interprétation de son oeuvre.
Autre coup de coeur de Pierre Hargoues-Turon, "le "chant Zoulou" (Thula-Shoshsholoza), du groupe basque Buhaminak qui emporta l'enthousiasme du public".
La moisson avec les Dézindéguts ?
Noyé au milieu de la foule, Raymond Libante, président d'Anim'Agri/Béarn des gaves, a lui aussi beaucoup apprécié cette finale. Une idée lui a aussitôt traversé la tête. Comme il veut tenter un grand coup pour le concert de la fête des moissons de la mi-juillet 2026 à Navarrenx, il avait pensé faire venir Nadau qui a décliné l'offre n'ayant plus aucune date de libre. Alors, pourquoi pas les Dézindéguts ? Ce serait une aubaine ! Il va les contacter dès ce début de semaine.
Ce fut une grande et belle soirée de finale, organisée par Bastides 64 en étroite collaboration avec la ville de Navarrenx. La maire Nadine Barthe fut invitée à ouvrir le concert. Non pas en chanson mais par une allocution de bienvenue. Elle en profita pour vanter les charmes et les atouts de sa ville, ancienne bastide, cité bastionnée, qui est entrée dans le cercle fermé des Plus Beaux Villages de France sous la législature de son prédécesseur Jean Baucou. Elle invita le public à ne pas hésiter à venir à Navarrenx faire un peu de tourisme, il y a tellement de belles choses à découvrir, à partager et à consommer.
C'est ça le Festival des bastides enchantées. La mise en valeur des traditions, la défense de l'identité, mais c'est aussi un outil de communication et de développement. S'appuyer sur le passé pour mieux vivre le présent et préparer l'avenir...
C'est aussi un joli coup de pub (un tremplin) pour les groupes participants.
Jean Sarsiat
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Une mention spéciale à la municipalité de Navarrenx qui a été à la hauteur de l'évènement par son organisation matérielle et la mise à disposition des installations. Le comité des fêtes apporta également sa contribution.
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Les Dézindéguts, d'Arette : Il sont huit. Le guitariste David Jérôme a longtemps chanté avec Bataclam et accompagné Errejentak. La flûtiste Séverine Berdot fait partie du paysage musical traditionnel en tant que professeur à l'EMIHB (école de musique intercommunale du Haut Béarn) et à Monein...
Que signifie Dézindéguts ? Réponse du groupe : "En réalité, l'origine du nom fait partie d'une blague et est surtout le reflet d'une histoire d'amitié entre tous les membres. C'est un mélange entre l'expression béarnaise de celui qui est "un peu désintenut (nous n'avons pas trouvé l'orthographe exacte) et notre côté un peu "excentrique" ou un peu "dézingué". Tous les membres du groupe, nous avons en commun l'amour du Béarn qui nous a vu naître (pour la plupart) et de sa culture que nous partageons, l'amour de la musique aussi et son universalité"
Pour joindre les Dézindéguts : Le guitariste David Jérôme tél. 07 70 27 45 49
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La "der" de Jean Subercazes
1, 2, 3 micros pour la "der" de Jean Subercazes
Après avoir, récemment, définitivement posé son stylo de correspondant de presse, Jean Subercazes a annoncé, samedi, que la finale des Bastides Enchantées était sa dernière animation. Après le stylo il va ranger son micro dans l'armoire aux souvenirs. "J'espère qu'il va écrire un livre, il a tellement de choses à raconter" nous a glissé un ami.
Il y a 10 ans, Jean Subercazes avait, au micro, superbement lancé à Navarrenx, à la demande de Jean Baucou, la première finale des Bastides Enchantées. Il était tout naturel, pour ce retour aux sources, que ce soit encore lui qui monte sur l'estrade.
La présentation complète des groupes, les motivations de l'association des Bastides, l'originalité du Festival, la rétrospective des 7 concerts de qualifications auxquels il a assisté, la prise de contact avec le public, il avait minutieusement tout préparé en amont. Il l'avait même écrit. Mais, comme d'habitude, les pages de papier ne lui ont servi que de pense-bête. Il a laissé libre cours à l'improvisation. C'est là qu'il est le meilleur. Il l'a encore prouvé samedi. Présenter un spectacle c'est tout un art !
Doué pour le micro, il aurait pu en faire une carrière, sans problème. Il a préféré que cela reste un loisir, un plaisir.
Mais ce n'est pas à l'occasion de la finale d'il y a 10 ans que Jean Subercazes a débuté. C'était il y a quelques ... dizaines d'années avant ! Très exactement le 19 mars 1963. Avec humour, il confia samedi que, depuis cette date, il est atteint de la maladie de "microplasmie" : "Ce 19 mars, il y a 62 ans, à Castetnau mon village natal, on m'avait mis un micro dans les mains et ce micro me poursuit toujours". Il affiche plus de mille animations à son actif !
Maintenant, sans stylo et sans micro, il va s'ennuyer ? Non, on lui suggère d'écrire un livre, avec un chapitre sur "la fabuleuse histoire des Danseurs de Castetnau", cette association (et groupe de danse) qu'il a créé et qu'il anime, avec son épouse Janine, pour sortir de l'oubli et redonner vie aux danses béarnaises d'autrefois, en tenue d'époque.
J.S.
La remise du trophée aux Dézindéguts
Le groupe Les Dézindéguts
De gauche à droite : Séverine Berdot, Laure Larragueta, Stéphanie Pourredon, Marie Acedo, Sylvie Bauer , Sylvain Raffier, Samy Lazary, David Jérôme
Le poète et écrivain en langue gasconne, Marcel Abbadie a pleinement vécu cette finale. Il a félicité les Dézindéguts pour la remarquable interprétation de la chanson "Amor d'Aussau" dont il est l'auteur.
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Jean-Claude TUCOULOU (de Garlin), l'oreille attentive mais le regard constamment en éveil, soucieux de la (bonne) organisation
Il a été le chef d'orchestre de l'organisation des 7 concerts de qualifications et de la finale. Jean-Claude Tucoulou, coordinateur des concerts et responsable de la communication de l'association des Bastides 64, que l'on voit sur la photo en discussion avec Jean Subercazes, est l'un des principaux artisans de la belle réussite du festival 2025. Comme les années précédentes. Bravo !
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L'ancien président d'Alto en Béarn, Pierre Hargoues-Turon, sur la photo en compagnie de sa fille Dominique qui pratique le chant en Allemagne, a été "scotché par la qualité de cette finale". Assis au premier rang, il a discrètement fait son classement qui, pour l'attribution du trophée, correspond ... à celui du jury.
Les 7 autres finalistes par ordre de passage
Aquiu
Choeur gascon qui a la particularité de fonctionner sans chef. Il est composé de huit éléments originaires du Béarn, de Bigorre, mais aussi du Gers et du Tarn, qui pratiquent une autre manière de chanter qui repose sur une écoute mutuelle et une confiance vocale totale.
Allegria
Groupe bigourdan basé entre Tarbes et Lourdes, dirigé par Bastien Miqueu, chanteur et musicien, ardent défenseur de la langue et du chant bigourdans, connu et apprécié en Béarn où il vient régulièrement animer divers stages d'enseignement. Il a créé Allegria ("bonheur, joie de vivre") au sein de l'association "Canta se gausas"
Los d'Ortès
Ce groupe venu d'Orthez, dirigé par Abel Dupuy qui n'aime pas son titre de chef de choeur car, dit-il, "les arrangements sont le fait de tous". Donc travail collectif pour cette section de l'active et influente association orthézienne "Culture de Noste".
Lous deus Remparts
Ce groupe vocal de Navarrenx jouait donc à la maison. Il fut bien sûr très applaudi dès son entrée sur scène.
Sous la présidence de Myriam Rochange (magnifique voix) et énergiquement dirigé par Sandrine Hondareyte et son enthousiasme communicatif, "Lous des Remparts" réunit des choristes passionnés et talentueux dont toutes les occasions sont bonnes pour entonner et partager des airs de chez nous.
Kantuz Bizi
Cette chorale fait partie de l'ensemble Lagunt Eta Maita qui rassemble les basques de Pau. C'est un groupe de jeunes... retraités qui philosophe sur le thème "Vivre en chantant". C'est du moins ce que son nom affirme. Françoise Chapart assure, avec beaucoup d'élégance et d'autorité, la direction.
Les chanteurs de Montaut
C'est leurs 4ème qualification à la finale sur 4 participations au festival !
Ce groupe venu de Montaut est dirigé par Jean Esquerre, avec, à l'accordéon, Pierre Lagoin, et, à la guitare, Didier Belardy. On le retrouvera avec plaisir l'an prochain.
Buhaminak
Buhuminak c'est "les bohémiennes", un groupe haut en couleurs, né un soir des fêtes de Bayonne, en 2001, sur l'idée de 5 chanteuses basque originaires de la Soule.
Sophie Larrandaburu fut durant 17 ans la cheffe de choeur. Depuis 2022, la jeune Manon Irigoyen a pris la baguette, avec bienveillance et dynamisme, et un joli talent d'actrice. Un groupe en plein essor qui a fait sensation.
La sono c'est Marquestaut. Sonoriser la salle des sports ce n'est pas une partie de plaisir. Damien Saccas était aux commandes. Ce fut parfait.
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Les 7 chorales réunies, plus le public, ont entonné Aqueros Monthanas et Hegoak
Les voutes de la salle des sports ont tremblé
La couleur des Dézindéguts : un coin de ciel bleu
Jean Baucou, président de Bastides64 et de la Fédération des Bastides d'Aquitaine
La République des Pyrénées