Le bouillonnement culturel et l'érudition de l'immense écrivain Jean-Louis Curtis, académicien et prix Goncourt, mais aussi son profond attachement à sa ville natale Orthez et à son Béarn, étaient au centre de la réunion-conférence organisée par la médiathèque sous le patronage de l'Académie de Béarn.
Ce fut également l'occasion de marquer le 30ème anniversaire de son décès et de faire la promotion de la première biographie qui lui est consacrée, écrite par un Orthézien, Thierry Roux, éditée avec le concours de la maison d'édition orthézienne Gascogne et imprimé par l'entreprise orthézienne ICN. Auteur, éditeur, imprimeur qui, comme Curtis, sont du quartier Départ.
Le maire, Emmanuel Hanon, accueillit chaleureusement les nombreux invités et introduisit la réunion en remerciant et félicitant Thierry Roux, haut fonctionnaire, qui est l'auteur de "Jean-Louis Curtis, une vie d'écrivain, la modernité d'une oeuvre en liberté" sorti cet automne. Ce livre de 380 pages, préfacé par Patrick Voisin de l'Académie de Béarn, est un document très complet, de qualité universitaire, agréable à lire. C'est un précieux outil qui permet de mieux connaitre ce génie de la littérature française et de repousser le vent de l'oubli.
L'ancrage orthézien de l'académicien
René Descazeaux, ancien adjoint à la culture de la municipalité Bernard Molères, insista sur l'ancrage orthézien de Jean-Louis Curtis, issu "d'une famille aimante, dans un milieu modeste et travailleur", dont le père était artisan menuisier à Départ, et la mère, née Sarlangue, fille d'un boulanger du même quartier. Il évoqua les fortes attaches qu'avait gardées Curtis tout au long de sa vie avec ses racines orthéziennes. Il venait régulièrement en vacances dans sa famille et avait gardé une amitié profonde avec son ami d'enfance Roger Dumont, carrossier de profession, chroniqueur taurin le week-end, et auteur à ses heures de quelques livres dont "Château de sable"... qui a obtenu le Prix Curtis.
René Descazeaux profita de l'occasion pour parler de l'atout culturel que représente la Médiathèque, en rappelant qu'elle a été réalisée sous la mandature de Thierry Issartel qui avait également décidé de lui donner le nom de Jean-Louis Curtis. Mais, suite à l'alternance intervenue à la mairie, c'est la municipalité de Bernard Molères, dans la continuité républicaine, qui procéda à la cérémonie d'inauguration.
L'ancien adjoint à la culture félicita Thierry Roux pour son remarquable et très utile ouvrage : "Après l'excellent travail accompli au début des années 2000 par Fabienne Rousseau dans le cadre de son mémoire de maîtrise, Thierry Roux remet une bûche au foyer de la revitalisation de la mémoire de Curtis".
"Il a été un grand ambassadeur d'Orthez et du Béarn"
L'exposé de Thierry Roux était très attendu. Il fallut, au dernier moment rajouter des chaises pour contenir tout le monde. Le public n'a pas été déçu. Les propos furent illustrés par des projections sur grand écran et par des lectures d'extraits de romans de Curtis, faites par les bibliothécaires.
C'était clair, facile à suivre, très fouillé, même ceux qui connaissaient bien Curtis ont appris des choses ou mieux intégré certains écrits ou évènements. Le déroulé débuta par la présentation de la jeunesse orthézienne du futur écrivain jusqu'à son départ (avec un sentiment de déracinement), à l'âge de 18 ans, pour poursuivre les études. Un épisode qui suscita de l'intérêt. Notamment, le passage à l'école primaire où il a acquis les bonnes bases de l'orthographe (lire ci-dessous), donna lieu après la conférence à des réactions. Chacun se rappelant la rigueur et les méthodes pédagogiques de son instituteur de l'école d'avant, qu'elle soit laïque ou privée...
Concernant l'homme de lettres ce fut un large aperçu de l'impressionnante étendue de l'oeuvre de Curtis qui excellait dans dans de multiples genres : romancier, essayiste, chroniqueur, pasticheur, traducteur (notamment de Shakespeare), critique littéraire ou cinéma, adaptateur pour le théâtre ou la télévision. Agrégé d'anglais il se définissait comme un "gascon anglicisé"... Il aura été aussi un combattant de la liberté, n'hésitant pas à entrer dans la résistance et à prendre les armes contre l'occupant nazi. Il fut également par la plume "un combattant contre les conformismes et le prêt-à-penser de son temps".
"Grand ambassadeur d'Orthez et du Béarn", il exprima à plusieurs reprises, dans ses écrits, son amour pour sa ville natale, la beauté des paysages de la vallée du gave, et il suivait dans la presse, avec fierté, les exploits des basketteurs de l'Elan Béarnais.
On assista également à la projection de quelques émissions télé sorties des archives... notamment celle d' Apostrophes de Bernard Pivot, avec cette remarque de Thierry Roux : "Curtis y faisait preuve de sa malice béarnaise, de cet humour "british", de sa modestie naturelle, dans un langage ciselé". Un grand moment.
"A la fois moderne et antimoderne, donc intemporel"
L'après-midi avait débuté avec la conférence, de haut niveau, donnée par Patrick Voisin, très brillant sur la question de "Curtis un auteur classique ou moderne ?". Dans sa conclusion il affirma "que Curtis est moderne, antimoderne, et donc intemporel, à condition qu'on le lise... et c'est probablement le rôle des médiathèques de conseiller aux jeunes de le lire, puisque l'école ne le fait plus". Il regretta que l'oeuvre de Jean-Louis Curtis ne soit pas suffisamment considérée : "C'est à nous, Thierry Roux et moi-même, ainsi qu'à vous tous réunis ici dans la médiathèque qui porte son nom, qu'incombe aujourd'hui cette lourde responsabilité de dire la "valeur" de l'oeuvre de Curtis... devant le silence assourdissant de l'université et des milieux littéraires, soit qu'ils continuent d'être les serviteurs d'idéologies persistantes, soit qu'ils courent après la nouveauté et la mode".
La sortie du livre de Thierry Roux, première biographie consacrée à Jean-Louis Curtis, est l'évènement de cette fin d'année. De nos amis palois nous vient l'information qu'on va en reparler, cette fin de mois, à Pau, à l'occasion des "Idées mènent le monde". Ce sera le samedi 29 novembre (1).
De son côté le Centre culturel Leclerc d'Orthez vient de réapprovisionner ses rayons, ce sera le cadeau très conseillé pour Noël ou le nouvel An. La vente est également assurée dans toutes les bonnes librairies. Chaque famille devrait avoir ce livre sur sa table de chevet.
J.S.
(1) Les Idées mènent le monde : Au Palais Beaumont à Pau, samedi 29 novembre, salle Grenier, "Curtis, faire renaître sa vie et son oeuvre", avec Thierry Roux et Patrick Voisin, de 17 heures à 17h45. Proposé par l'association Francis Jammes