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L’historien Thierry Roux ravive la mémoire de l’académicien béarnais Jean-Louis Curtis, soutenu dès ses débuts par Mauriac

A-t-on oublié Jean-Louis Curtis (1917-1995) ? Il faut relire ces effrontés pastiches, « La Chine m’inquiète », « La France m’épuise », où il convie Proust, Léautaud, le général de Gaulle et quelques autres plumes notoires à commenter les événements de mai 1968 ou les élections de 1981, pour se souvenir de cet humour élégant, un brin flegmatique. Bernard Poirot-Delpech évoquait volontiers « le promeneur solitaire au béret basque », béret qu’il arborait malicieusement dans les couloirs de l’Académie française.

Historien et haut fonctionnaire, originaire d‘Orthez, Thierry Roux a consacré dix années de travail à cette biographie de Curtis.
Historien et haut fonctionnaire, originaire d‘Orthez, Thierry Roux a consacré dix années de travail à cette biographie de Curtis.Jean Masmontet
 

En 1987, son discours de réception était d’une drôlerie, certes discrète, mais qui a du défriser certains de ces messieurs (et dame). Quant à son épée d’académicien, elle arbore le symbole d’Henri IV, le plus béarnais des rois, et un clin d’œil à William Blake. « Le tigre, lumière dans les forêts de la nuit » du poète anglais, c’est « Les Forêts de la nuit », son deuxième roman, prix Goncourt en 1947. Mais aussi Shakespeare : Curtis en a été le spécialiste, le traducteur, bref, le meilleur passeur, qui a adapté ses pièces pour la Comédie-Française et pour la télévision.

 
Racines béarnaises
 

Thierry Roux, dans cet essai dense, souligne le bouillonnement intellectuel du personnage et l’érudition littéraire de celui qui avait pris pour pseudonyme le nom des avions sur lesquels il volait pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est à l’issue de celle-ci que Louis Laffitte, agrégé d’anglais, se consacre à l’écriture et devient Jean-Louis Curtis.

Désormais parisien, il n’a jamais oublié ses racines, prégnantes dans plusieurs de ses romans, à commencer par « Les Forêts de la nuit » qui se déroule dans une ville miroir de sa cité natale, Orthez. Écrivain de province ? Michel Déon décrivait les affinités et l’estime réciproques entre François Mauriac et Jean-Louis Curtis comme une connivence heureuse, « à cause du voisinage dans l’espace géographique, les landes mauriaciennes touchant votre Béarn ».

« Jean-Louis Curtis », de Thierry Roux, éd. Gascogne, 418 p., 22 €. Rencontre à la médiathèque d’Orthez le 8 novembre à 15 h.